Rencontre avec l'éminent Cheikh Shou3ayb al Arnaout

 

Eminent Cheikh, nous voudrions au travers de notre site la Sounna Nabawiya vous poser quelques questions.

1- Pourriez-vous rappeler aux visiteurs du site quelques aspects de votre vie : votre naissance, votre jeunesse, vos débuts dans l'apprentissage de la science, vos plus grands cheikhs -enseignants- et vos œuvres littéraires ?

Comme tous les autres étudiants en science religieuse, j'ai grandi en aimant la science religieuse. Alors que je faisais du commerce dans le marché Sarouja, dans un quartier du vieux Damas nommé Al Shalat, un savant venait me voir après le 3asr. A cette époque les gens se reposaient après le 3asr et ne travaillait plus. Ce cheikh venait nous rendre visite pour nous enseigner en espérant la seule récompense d'Allah les règles de la langue arabe, et en parallèle, il nous enseignait l'explication du livre Al Kanz et du livre Al Hashiya écrits par Cheikh 3abdou al Hakim l'afghan. J'ai donc lu ces deux livres aupèrs de lui -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde.

J'ai aussi lu auprès du Cheikh Saleh Farfour plusieurs livres : 'Tafsir al Nasfi', 'Sharh al manar' dans les bases de la religion, Sahih Mouslim, l'explication du livre Al Boukhari '3oumadou al Qari'du Cheikh Al 3ayni, 'Al Balagha al wadhiha', 'Sharh ibn 3aqil', 'Al mantiq al souri' qui concerne la philosophie mais qui est devenu inutile aujourd'hui.

Parmi mes cheikhs, il y a Souleyman al Ghawji qui est le père de Wahbi Souleyman al Ghawji. Et j'ai lu auprès de ceux qui m'ont enseigné la grammaire avec la méthodologie Al 3outhmaniya : ils commence avec 'Al 3awamil' et 'Al izhar' de Cheikh Al Barjawi, puis 'Al Kafiya' de Ibn Al Hajib qui est très connu et répandu chez les mauritaniens. Et j'ai lui 'Maraqi al falah' et 'Hashiyatou al tahawiya' auprès de lui. Et j'ai lu auprès de Cheikh Nasser al Albani un livre dans la jurisprudence Hanafite de Ibn Hassan al Qaddouri, qui est un livre de référence auprès de l'école de jurisprudence de Abou Hanifa. J'ai aussi lui auprès de lui certaines questions religieuses, et je suis resté à ses côtés trois ans -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde-, pendant lesquelles je lui posais des questionos et auxquelles il répondait -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde. Et Allah a fait que j'aime la science, et je loue Allah pour cette Bonté.

Après avoir étudié huit ans j'ai été autorisé à enseigner en tant que professeur dans l'institut Al Fath al Islami, qui englobe aujourd'hui un grand nombre d'élèves qui suivent le lyçée, l'université, le Master. Et ceux qui désirent obtenir un Doctorat vont en Egypte. Cet institut a été fondé par moi et Cheikh Adib al Kallas. Nous avons enseigné pendant deux aux étudiants les sciences Islamiques et de la langue arabe, etc.

Après cela, des évènements m'ont fait aimé la sounna prophétique, et je m'y suis consacré énormément, en étudiant les livres de la science du hadith -al moustalah- tel que : 'Mouqaddima' de Ibn Salah, 'Tawdhih al Afkar' de Al San3ani, 'Sharh al Noukhba' de Ibn Hajar -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde. J'ai commencé en imploarant Allah de me compter parmi le groupes des 'mouhaddithin' -savants du hadith-, et Allah a exaucé mon vœu. Et depuis quarante ans jusqu'aujourd'hui je n'ai cessé de faire cela. J'étudie et corrige les livres, et j'enseigne la science du hadith. J'ai produit plus de deux cent livres dans ce domaine.

2- Nous entendons ici et là dire qu'il n'est plus nécessaire de s'intéresser aux chaines de rapportement -sanad- et qu'il n'est pas nécessaire de s'y attarder. Et d'autres ont exagéré dans l'importance des sanads au point de d'étudier les sanads de Al Boukhari et Mouslim et de les juger. Que pensez-vous de cela ?

L'étude des sanads repose sur l'effort, et les jugements du savant ne sont pas infaillible, car la personnne lorsqu'elle l'étude le sanad, a une certitude propre à lui concernant ce hadith qui est le but de sa recherche. S'il arrive à un avis, il se peut qu'il se soit trompé du point de vue d'un autre savant, et peut avoir donné la bonne réponse pour d'autres. C'est pour cela que Al Moundhiri -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde- a écrit un livre dans lequel il explique que le jugement concernant l'authenticité ou non du hadith repose sur l'effort, la conviction personnelle, ses capacacités, ses acquis au bout de longues années et son expèrience dans l'étude dans chaines de rapportement. Et aujourd'hui nous en avons fini avec l'études des sanads. Et je suis parmi ceux qui ont oeuvré dans ce domaine, ainsi que d'autres enseignants, en étudiants les sanads de façon poussée. Et en associant tous leurs travaux aux miens je peux certifier que 90% de la sounna prophétique a été vérifiée du point de vue du sanad, et qu'un jugement sur son authenticité ou non a été rendu.

Mais en ce qui concerne les paroles du hadith, je n'ai aucun doute que la personne doit étudier le texte lorsqu'il étudie la chaine de rapportement, car pour que le hadith soit authentique il faut que ses rapporteurs soient justes et retransmettent correctement le hadith, et toutes les autres conditions. Ils savent que le hadith ne doit pas être 'shadh' -c'est-à-dire qu'il contredise un hadith plus authentique que lui- ou bien 'mou3allan' -ayant des erreurs-. Or ces deux derniers points concernent l'étude des textes et des chaines de rapportement. Or j'avoue que pour de telles choses personne ne peut atteindre ce niveau sans avoir fait beaucoup d'efforts, beaucoup d'expèrience, un plus de science et une crainte d'Allah le Très Haut qui l'empêche de devier du droit chemin. C'est pour cela que je recommande que les savants s'associent pour étudier les textes du hadith. C'est-à-dire qu'il y ait une commission scientifique qui étudie les textes et s'y consacrent. Et in sha Allah, leur jugement sera le bon, car l'avis d'un groupe est plus proche de la bonne réponse qu'une personne isolée pour de telles questions.

 

3- Il y a deux livres sur le 'jarh' -écorcher- et le 'ta3dil' -   - : 'Tahdhib al kamal' de l'imam Al Mazi, et 'Tahdhib al tahdhib' de Ibn Hajar al 3asqalani. Quelle est l'importance de ces deux livres pour ceux qui s'intéressent à l'authentification des hadiths ? Est-il nécessaire de lire les deux livre ?

Celui qui étudie le sanad des hadiths doit obligatoirement posséder Tahdhib al kama, car les rapporteurs sont certaines fois évoquées comme suit : Moujahid, or qui est-il ? Si le chercheur recherche dans le livre de l'imam Al  Mazzi, il y trouvera le nom des professeurs et élèves qui ont rapporté d'après cette personne qui s'appelle Moujahid. Il y trouvera donc celui qui l'aide à l'étude du sanad. Et Tahdhib al kamal a englobé les six livres de hadiths de référence : j'entends par là qu'il trouvera tous les professeurs du rapporteurs qui ont rapporté d'après lui et leur hadith dans les six livres, ou bien les élèves du rapporteur comme cela évoqué dans la biographie de chacun. Tout cela est très important. Puis Cheikh Al Mazzi -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde- apporte les avis des savants -3oulémas- du jarh et ta3dil, et certaines fois il fait prévaloir un avis sur un autre. Le chercheur doit donc réunir tous ces propos au sujet du rapporteur. Après quoi, il les étudie et les compare afin d'aboutir au résultat qu'il aura déduit.

Nous avons étudié Al Hafiz ibn Hajar et nous avons réuni plus de mille commentaires. Nous avons repris à peu près un quart de son livre -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde-, et l'avons évoqué dans le livre 'Tahrir al Taqrib'.

Le livre de Hafiz ibn Hajar est un résumé du livre 'Tahdhib al Kamal' comme il l'a dit dans son introduction. Il a aussi résumé ce qu'a écrit Moughlatay au sujet de Tahdhib al Kamal  de Al Mazzi et dit : « La plupart de ce que j'ai écrit provient de ces deux livres et il y a très peu d'effort personnel ».

 

4- Il est répandu auprès de certains étudiants leur insistance à donner un jugement sur l'authencité ou non du hadith, qu'en pensez-vous ? Y a-t-il un comportement que les étudiants devraient emprunter en jugeant un hadith ?

Ils ne doivent pas juger un hadith avant qu'ils aient complètement acquis tous les outils nécessaires pour leur recherche. Ils ne doivent pas écrire leur résultat dans un livre avant qu'ils aient les moyens de différencier le juste de leur travail et l'erreur. Et nul doute que si la personne ne regarde pas ce qu'ont fait les prédécesseurs il sera dans l'erreur. Il doit absolument lire ce qu'ont dit les savants précédents et les mouhaddithins surtout lorsqu'il y a divergence sur un hadith. Il étudie leurs opinions de façon poussée puis il juge selon ce qu'il lui paraît le plus correct. Mais le fait qu'il ait quelques notions de la science du hadith -'moustalah'-, et qu'il ait lu certains livres scientifiques puis s'exhibe aux gens, sera plus préjudiciable que profitable.

 

5- Quel est votre avis sur l'attitude de certains étudiants qui critiquent les sahihs de Al Boukhari et Mouslim sous prétexte qu'il y a certains hadiths 'suspendus' -non continus- ou 'shadh' ?

Ces paroles n'ont pas de base scientifique. Quant à moi je dis à propos de Al Boukhari -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde- comme 3abdou al Ghani a dit : « si un individu jure que sa femme sera divorcée si tous les hadiths de Al Boukhari ne sont pas authentiques -celles avec chaines de rapportement- alors il n'y a pas divorce ». Lorsque l'imam "Al Boukhari" a écrit ces hadiths il n'avait aucun doute que tous étaient authentiques, d'après sa propre conviction. Mais le fait qu'une personne vienne après lui et diverge au sujet de certains hadiths n'est qu'affaire de divergence de 'moujtahidin' -ce qui font des efforts.

Je conseille à l'étudiant de toujours s'en remettre aux hadiths de Al Boukhari, car c'est une icônea authentique -dans la science du hadith-, alors que les remarques faites à l'encontre de Al Boukhari ne sont pas fondées scientifiquement. Si tu lis l'introduction de Fath al Bari à propos des soit-disant hadiths non authentiques -dans la chaine de rapportement- de Al Boukhari, ou bien à propos de ses rapporteurs tu verras comment il a défendu l'imam Al Boukhari de la meilleure manière.

Il est vrai que Al Boukhari lui-même apporte des hadiths élevés puis il les rapporte 'mawqouf' -arrêtés- pour montrer que la bonne réponse pour lui est que le hadith est mawqouf. Il a donc des efforts personnels qu'il est nécessaire de savoir mais je dis comme les savants disent : « il n'y a pas après le Livre d'Allah un livre plus authentique que Sahih al Boukhari -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde. 

Quant au Sahih Mouslim il est à un rang moindre, mais Mouslim rapporte dans les fondements des hadiths authentiques, mais les pour les hadiths qui en découlent ou qui le suivent il est plus souple.

Si le hadith est rapporté avec une chaine authentique puis il y a d'autres voies mais avec une légère faiblesse, alors il le rapporte dans les hadiths qui en découlent ou bien qui appuient le hadith authentiques.

 

6- Nous aimerions que vous nous donniez le comportement à avoir concernant les rapporteurs dans les savants du jarh et ta3dil n'ont pas parlé, ni en bien ni en mal ?

Il est nécessaire de suivre les hadiths qu'il ont rapporté surtout dans le Mousnad de l'imam Ahmed. Si on constate que nul n'a parlé à propos du rapporteur, que plus de trois ou quatre ont rapporté ses hadiths, et que nul n'a parlé en mal sur lui, alors nous acceptons ses hadiths et qu'il est permis de les utiliser comme preuve sauf s'il contredit un hadith avec une chaine de rapportement authentique.

 

7- Quelle est votre attitude concernant les rapporteurs dont les savants du jarh et ta3dil ont divergés ?

Nous avons appris en lisant les livres du jarh et ta3dil que certains savants sont plus durs et d'autres plus souples. On voit certaines fois certains rapporteurs de confiance rapporter des hadiths non authentiques, même certains rapporteurs évoqués par Al Boukhari et Mouslim, mais nul n'est à l'abri de l'erreur. C'est pour cela que l'imam Al Shafi3i -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde- : a dit: « le rapporteur de confiance est celui dont les bonnes réponses surpassent les mauvaise, et le rapporteur faible est celui dont les erreurs dépassent les bonnes réponses ». C'est sur cette base que nous avons écrit Tahrir al Taqrib. Tu retrouves cela de façon claire lorsque nous réfutons l'avis de Hafiz ibn Hajar lorsqu'il dit d'untel qu'il est 'véridique' alors que je dis qu'il est 'de confiance', car de très grands savants disent ainsi à propos de cette personne. Je ne considère donc pas l'avis de Ibn Hajar et j'estime qu'il s'est trompé.

 

8- Vous avez revu le Sahih de Ibn Hibban, aussi pourriez-vous nous donner un aperçu de la méthodologie de Ibn Hibban dans son livre ?

La méthodologie qu'il utilisé dans son Sahih est différente de celle qu'il a utilisé dans son livre Al Thiqat -ceux de confiance.

Premièrement : Les hadiths rapportés par Ibn Habban est excepté deux mille deux cent cinquante hadiths, tous ont été rapportés par Al Boukhari et Mouslim ainsi que tous les autres savants ayant écrit des livres de hadiths authentiques. Mais Ibn Hibban rapporte ces hadiths d'après ses enseignants et chouyoukh.

Par contre les hadiths qu'il n'a pas étudié mais qui ont été étudiés par les savant des 'sounnans' est sa voie dans son Sahih, et je sais cela de façon pratique car j'ai étudié tous les rapporteurs. Tous ses chouyoukh dont il a pris les hadiths sont de confiance. Il a connu plus de 2000 chouyoukh et il s'est limité à 200 dans son Sahih en n'évoquant que ceux qu'il estimait de confiance et dont il connaissait les caractères. J'ai évoqué leur biographie dans l'introduction et j'ai évoqué leur de degré de faiblesse ou de confiance.

En ce qui concerne les hadiths qu'il a authentifié, certains et ils sont peu nombreux, certains ont dit queIbn Hibban estime de confiance les rapporteurs inconnus, or cette allégation est fausse et contredit sa méthodologie dans son Sahih. Ces rapporteurs inconnus qu'il serait le seul à avoir accepté sont très très peu, et tous ont été élevés par autre que Ibn Hibban, et certains ont été légèrement 'écorché'. Donc son Sahih est bien supèrieur au Moustadrak de Al Hakim, et supèrieur au Sahih de Ibn Khouzayma, car Ibn Khouzayma -qu'Allah lui accorde Sa Miséricorde- qui dans son livre rapporte beaucoup voir la plupart des hadiths -et nous avons étudié un quart du livre- en disant : « si l'information est authentique ». Il mélange donc avec ses hadiths ce type de hadith or Ibn Habban ne le fait pas dutout.

 

9- Pour conclure cette entrevue bénie quels conseils utilies pourrriez-vous donner aux visiteurs de notre site, qu'Allah vous récompense et raffermisse vos pas et écrive tout ce que vous présenter comme science et œuvre dans la balance de vos bonnes œuvres, et qu'Il vous rende utilie pour l'Islam et les musulmans ?

Nous recommandons à nos frères qui supervisent ce site de n'écrire que ce qu'ils aimeront voir le jour du jugement dernier. Nous ne voulons pas que la colère les amène à élever ou abaisser untel. Nous espérons que leur cheminement sera toujours celui qui amène à la  vérité, et qu'ils s'en tiennent à la méthode authentique sur laquelle était les pieux prédécesseur -qu'Allah les agrées-, et que la crainte d'Allah soit ce qui les pousse à cela.

 

10- Votre conseil aux étudiants ?

Tous les étudiants doivent savoir sans exception que la sounna est une source parmi les sources qu'il nécessaire d'utiliser pour le moujtahid : tout d'abord le Coran, puis la sounna, puis le consensus, puis l'analogie. Tous les imams se sont accordés pour se baser sur ses quatre sources. Le savant dans la jurisprudence doit être mouhaddith, moufassir -celui qui explique les sens du Coran-, il doit avoir de bonne bases dans le ousoul et le fiqh, afin d'employer ces quatre sources ainsi que d'autres tels que les 'maslaha moursala' -qui sont tous les bénéfices dont aucun verset ou hadith ne cite mais qui trouvent leur  origine dans les buts de la religion- ou les 'istihsan' -qui est le fait de choisir une analogie discrète au lieu d'une analogie claire en se basant sur certaines preuves-, ou bien les religions précédentes, etc. L'individu n'a pas le droit de s'arrêter au hadith sans en revenir au Coran et sans en revenir aux avis des compagnons -qu'Allah les agrées- sur ce hadith et comment ils l'ont appliqué. La meilleure des sources à ce sujet est le livre Mousannaf de Ibn Abi Shaybah, et le Mousannaf de 3abdou al Razzaq, et le Sounnan de Sa3id ibn Mansour, car ces trois livres évoquent l'opinion des  compagnons et ceux qu'ils les ont suivis sur le hadiths qu'ils citent.

Et pour conclure, j'invoque Allah pour qu'Il vous bénisse, et j'ai vraiment aimé vous rencontrer, et je vous souhaite la réussite.

 

 

L'interview a été menée par Soulayman al Harshi.

 

 

 

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